Introduction à l'œuvre de Gustav Mahler
Introduction à l'œuvre de Gustav Mahler
L'esthétique mahlérienne refuse le joli et le linéaire. Elle se caractérise par le gigantisme des effectifs, le mélange des genres : le sacré, les fanfares, l'ironie grinçante... Sa musique formalise les névroses modernes : la peur de la mort, la nostalgie de l'enfance et la quête d'un absolu divin.
Pour découvrir ce monument de l'histoire de la musique, voici un parcours en six extraits essentiels.
C'est son œuvre la plus célèbre, immortalisée au cinéma par Luchino Visconti dans Mort à Venise. Écrit pour cordes et harpe seule, ce mouvement suspendu est une déclaration d’amour passionnée et épurée à sa jeune épouse, Alma. Une oasis de douceur au milieu d’une symphonie par ailleurs tumultueuse.
Issu des Rückert-Lieder, ce chef-d'œuvre miniature incarne l'autre pilier de Mahler : le Lied (mélodie pour voix et orchestre). La voix y murmure sa rupture douce avec le tumulte quotidien pour se réfugier dans son art et son amour. Une introspection d'une nudité bouleversante.
C'est ici que l'on comprend son goût pour le bizarre. Mahler transforme la comptine enfantine Frère Jacques en une marche funèbre ironique et mineure, jouée par une contrebasse solo. Soudain, une musique de cabaret juif (klezmer) interrompt le cortège. Le grotesque et le tragique se mélangent sans transition.
Mahler déploie ici des forces gigantesques (orchestre immense, chœurs, solistes) pour dépeindre le Jugement dernier. Après l’effondrement des éléments, un murmure choral s'élève pour chanter la renaissance de l'âme humaine. L’effet physique et spirituel est saisissant.
Rythmée par une marche militaire implacable et un motif de timbales obsessionnel, cette œuvre montre un Mahler aux prises avec la fatalité. Les trois coups de marteau du finale symbolisent les coups du destin qui brisent le héros. C’est l’expressionnisme noir à son paroxysme.
Composée à la fin de sa vie alors qu'il se sait condamné par une maladie cardiaque, la Neuvième est un testament. Le dernier mouvement s'éteint lentement, note après note, dans un silence habité. Ce n'est plus de la musique, c’est l’enregistrement sonore d’un dernier souffle qui s'évapore.